De l’inconfort des voyages

 

Bien entendu, l’inconfort est tout relatif. Je suis à Vienne, première ville européenne pour la qualité de vie, dans un appartement moderne, machines à laver incluses, situé dans un quartier sympa. Le tram est en bas de chez moi, le lycée des enfants à 2 mn. Un confort que j’apprécie particulièrement après avoir dû aller rechercher ma fille un jour à son ancien établissement, en voiture, dans une tempête de neige parce que les bus ne circulaient plus (et alors que j’étais malade). Je pourrais me trouver isolée mais il y a cette merveilleuse association, Vienne Accueil, qui nous propose des activités fantastiques avec des personnes formidables plusieurs fois par semaine.
Et pourtant, il y a de l’inconfort. De l’inconfort à changer ses habitudes, à ne pas savoir pour combien de temps s’installer (dois-je construire un nid ou me comporter en touriste et surtout tout voir le plus vite possible ?). Il y a de l’inconfort à gérer les situations administratives, la déclaration de résidence ici, les papiers importants qui risquent d’arriver en notre absence là-bas. Il y a de l’inconfort à notre situation particulière: aucun de nous ne travaille en Autriche, et tout le monde est étonné par certaines des raisons de notre décision de venir ici, et qui font partie de nos raisons principales: découvrir Vienne et perfectionner notre allemand.
Et pourtant, Vienne vaut vraiment le voyage. C’est une ville grandiose. Quant à l’allemand, c’est une langue qui demande du temps…Il y a de l’inconfort à essayer d’entrer en contact avec des personnes pour qui vous débarquez complètement dans une langue avec laquelle vous n’êtes pas trop à l’aise et une culture que vous ne connaissez pas trop (qu’est-ce que je vais être moins timide en français maintenant !).

Il y a de l’inconfort pour moi à être éloignée des médecins qui m’ont suivie pendant mon cancer. Il y a eu de l’inconfort à devoir attendre de pouvoir acheter des lits confortables pour tout le monde. Il y a l’inconfort du matériel informatique, on a d’abord dû squatter la connexion de la banque d’en face (chez qui on a ensuite ouvert notre compte autrichien pour les remercier, mème s’ils n’étaient pas au courant…), debout sur le trottoir ou dans leur salle d’attente. On a découvert ensuite que l’Institut Français, pas très éloigné, avait la Wifi. On a squatté l’Institut Français.
On dispose enfin d’une connexion, les choses s’arrangent et voilà que l’ordinateur de mon fils tombe en panne. Il en a besoin absolument pour quasiment tous ses cours, aussi je lui passe le mien. Dont j’ai besoin pour écrire, pour travailler. Et il faut attendre car nous devons retourner en Suisse pour changer l’ordinateur de mon fils ou même pour m’en racheter un autre (car qui sait combien de temps nous serons là et si il y a un problème sur le mien, etc…). Il y a beaucoup d’inconfort à voir toute mon organisation complètement chamboulée, à devoir ralentir en ce qui concerne mes projets en cours, à devoir utiliser l’ordinateur à des heures qui ne sont pas du tout idéales pour moi.  La route est cahotique.

Et cependant, cet inconfort fait partie du voyage. Au-delà de l’énervement, de l’impatience, je m’aperçois que le voyage (à moins que l’on n’ait choisi l’option Club Méd) est fait pour chambouler. L’organisation, les repères, les projets…Que le voyage n’est pas fait pour s’installer dans des routines confortables et que lorsqu’on les réinstalle, il a très vite fait de les bousculer comme dans un jeu de quilles. Et que le jour où ces routines sont vraiment de nouveau là, alors on est installé aussi et plus en train de voyager, on est en train de prendre racine. Ce qui n’est pas mal en soi, mais juste autre chose.

Alors je rêve de mon ancien matelas Tempur, des hypermarchés français (alors ça, je n’aurais jamais cru !) et de pouvoir faire réparer mon ordinateur tout de suite. Mais grâce à cet inconfort, je découvre ou redécouvre la valeur de tout cela et je m’aperçois de ce qui me manque vraiment, et ce qui ne me manque pas du tout. Je suis quelqu’un qui aime vraiment le confort et l’expérience n’est pas toujours agréable, mais au bout du compte, je me rappelle que j’ai choisi, j’ai vraiment choisi de venir et j’ai choisi tout cela, et qu’en récompense, je suis dans une des plus belles villes du monde, il n’y en a aucun doute. Une ville richissime par son histoire, sa culture, une ville généreuse, qui offre des beautés incroyables dès que l’on sort dans la rue, une ville qui ouvre ses portes assez facilement. Vienne vaut bien des problèmes d’ordinateur et quelques nuits sur un matelas ou un canapé, même si l’ordinateur me permet de vivre ma passion pour l’écriture et mon état de santé fait que les nuits sur un matelas sont un peu éprouvantes.

Et au cas où je n’ai pas bien compris le message, qu’est-ce que l’on m’envoie à chroniquer – quand je pourrai parce que j’aurai un ordinateur….?  Un livre qui s’appelle « être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable ».

Et vous, pour quoi seriez-vous prêts à sortir de votre zone de confort ?

 

 

 

 

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