Interview d’Eric Yung, enquêtes, recherches, et faits divers

Je vous ai présenté il y a quelques mois l’ouvrage Les archives de l’insolite,d’Eric Yung, aux éditions Marivole, un livre qui m’était en fait parvenu par erreur. Cela a donc été une entière découverte. J’ai passé un très bon moment à la lecture de cet ouvrage, il a dépoussiéré mes préjugés à propos des faits-divers et j’ai été bluffée par le travail de recherche qu’il y avait derrière, et par le parcours professionnel hors norme de son auteur. Eric Yung a été policier, inspecteur au Quai des Orfèvres, journaliste, grand reporter, rédacteur en chef à Radio France et lui-même chroniqueur littéraire (liste non exhaustive…). Un parcours impressionnant, je vous invite vraiment à le découvrir plus en détail Sur cette page de la maison des écrivains et de la littérature
 C’est vraiment un des bonheurs que procure le fait de bloguer de pouvoir interviewer des personnes au parcours aussi riche. A noter qu’Eric Yung participe aussi aux almanachs du terroir que je vous ai déjà également chroniqués.
Après avoir lu cet interview, vous ne verrez plus les faits divers de la même façon !
Eric Yung 1

Au sujet des « Archives de l’insolite », aux éditions Marivole, le livre qui m’a permis de vous découvrir en tant qu’auteur, qu’est-ce qui vous a donné l’idée et l’envie de vous pencher sur ces faits-divers insolites ?

J’ai une réelle passion, et depuis toujours, pour ce qu’il convient d’appeler le fait divers. Je sais que cette discipline journalistique est considérée par une partie du public comme péjorative, car elle est assimilée à la rubrique des « chiens écrasés ».

Cela tient de l’histoire du journalisme. En effet, autrefois, les informations inclassables, qu’on appelait donc « faits divers » étaient mises en fin de page, relayées même en fin de journal. Il s’agissait généralement des accidents sur la voie publique, des différents entre deux parties, etc.

Mais le fait-divers, ce n’est pas cela et aujourd’hui, les nombreux travaux universitaires qui lui ont été consacrés démontrent que les faits-divers appartiennent aux informations importantes qui participent à éclairer la vie contemporaine de nos concitoyens. Et puis, comme l’écrit Roland Barthes dans ses Essais critiques– Structure du fait divers(1964), le fait divers est une source d’inspiration permanente pour « le conte, la nouvelle et le roman » puisqu’il parle, en permanence, de la « vie, de l’amour et de la mort ».

Une autre définition donne des lettres de noblesse au fait divers: c’est celle de Charles Baudelaire. Lorsqu’il traduit les Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, il écrit que le fait divers est « l’absurde qui s’installe dans l’intelligence pour la gouverner avec une épouvantable logique » et précise qu’il est « la magie des exceptions de la vie ».

Comment donc, lorsque l’on est écrivain, que l’on s’intéresse tout particulièrement à l’humain et à ses histoires, ne pas aimer le fait divers ? Vous l’avez sans doute remarqué, mais les nouvelles contenues dans les Archives de l’Insolite appartiennent toutes à « la magie des exceptions de la vie. » Toutes les histoires regroupées dans ce livre, qu’elles soient dramatiques, drôles ou poétiques, sont toutes d’essence humaine.

 

Vous avez été policier, grand reporter, chroniqueur radio: est-ce que certaines de ces expériences vous ont servi pour écrire ce livre?

Je viens, vous le savez peut-être, de la presse écrite et j’ai longtemps travaillé pour des quotidiens, des hebdomadaires et magazines. Je crois que c’est durant cette longue période que j’ai appris à repérer certaines informations qui n’étaient pas ou peu traitées dans les journaux. De cette manie, que j’avais acquise peut-être de mon expérience policière, j’en ai fait – et je mets ce mot entre guillemets – « ma spécialité » ou en tous cas une particularité. Je le répète, ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les histoires humaines et surtout le petit grain de sable qui transforme une existence en destin.

Comment avez-vous mené vos recherches pour écrire les «Archives de l’insolite? Certains faits-divers sont récents, d’autres remontent à plusieurs siècles, jusqu’au Moyen Age… comment retrouver des faits-divers sur une si longue période ?

Il faut lire beaucoup les journaux et en particulier la presse régionale. Ce que je fais. Croyez-moi, lorsque l’on décortique les pages d’un journal, on découvre de véritables trésors qui sont rapportés, parfois et même souvent, par quelques lignes seulement. Il suffit de se saisir de cette information, de la vérifier et de chercher des renseignements pour en faire une histoire. Après, les sources sont classiques: les bibliothèques (nationales, régionales et locales), l’Internet qui est aujourd’hui un outil dont aurait rêvé Diderot et les archives personnelles. Sachez que depuis des années, j’ai découpé et collé des milliers de petites informations, des faits-divers et que je les garde précieusement pour les jours où j’aurai besoin de sujets.

En tant que policier, journaliste et écrivain, on a finalement l’impression que vous aveztoujours «mené l’enquête». Les techniques sont-elles très différentes d’un de ces métiers à l’autre?

Parfois, « mener l’enquête », comme vous l’exprimez, pour construire un livre ou rédiger un long article pour un journal, peut ressembler, par la méthode, à une enquête policière. Mais la similitude s’arrête là, car il faut noter, avant tout, que faire une enquête de police n’a pas la même finalité que d’entreprendre des investigations journalistiques. In fine, la police enquête la plupart du temps, avec des moyens judiciaires importants, pour jeter une personne en prison, un journaliste ou un écrivain travaillant, par exemple, à la rédaction d’un ouvrage documentaire enquête pour trouver des informations qui vont seulement nourrir un papier ou un livre. Il est important de rappeler cette différence fondamentale.

Toujours en tant qu’enquêteur, quels conseils donneriez-vous aux blogueurs qui doiventfaire des recherches pour leurs articles ?

Je n’aime pas trop donner des conseils, mais puisque vous me posez la question, je ne vais pas l’esquiver…Avant tout, il est primordial d’avoir beaucoup d’intérêt et de curiosité pour le sujet à traiter; cela apporte, je crois, du déterminisme pour parvenir à la finalité. Ensuite, les règles sont simples, elles sont semblables pour tous les journalistes, à tous ceux ou celles qui veulent faire de l’investigation.

Ainsi, toute information, même celle qui paraît évidente, doit être vérifiée et plusieurs fois si c’est possible. Par ailleurs, toute information doit être pesée, c’est à dire qu’elle doit être mise en perspective pour savoir d’une part (et même si celle-ci paraît extraordinaire) si elle est nécessaire dans l’argumentation de l’article et, ce n’est pas à négliger, mesurer si elle ne nuit pas à telle ou telle personne qui serait mise en cause. Il est sur ce point, avant toute décision de publication, obligatoire de prendre contact avec le mis-en-cause, de l’informer de ce qui va être rendu public, et enfin, de lui demander sa version des faits.

 

Hélas, je remarque chaque jour sur les réseaux sociaux et certains blogs que ces règles d’exigence ne sont pas appliquées ! Or, l’absence de rigueur en matière d’information peut avoir (et les exemples sont trop nombreux à citer ) des conséquences dramatiques.

Pour les lecteurs et lectrices qui ont aimé les «Archives de l’insolite», par quel autre livre de votre plume leur conseillerez-vous de poursuivre et pourquoi ?

Dans la veine des Archives de l’insolite,  il y a ce recueil de nouvelles, des faits-divers encore, publié aux éditions du Cherche Midi et titré  Les archives de l’étrange. Sinon, dans d’autres registres, un livre est beaucoup apprécié par les lecteurs et s’appelle La Tentation de l’ombre . Il s’agit d’un récit romancé qui en est à sa 3° réédition : d’abord au Cherche Midi, ensuite chez Gallimard dans la collection « poche » et enfin, toujours en poche, aux éditions De Borée. Pour en citer un troisième, je cite Un silence coupable un roman publié aux éditions du Cherche Midi. Tous ces livres ont une connotation très humaine et appartiennent, sans aucun doute, à cette fameuse « magie des exceptions de la vie ».

Quels sont vos projets ?

J’ai sorti très récemment un livre: Manson et l’assassinat de Sharon Tate, un ouvrage qui manifestement plaît beaucoup aux lecteurs et lectrices puisqu’il connaît un vrai succès en librairies qui en ont fait leur « coup de coeur ». Il est publié aux éditions de l’Archipel.

Je travaille sur un roman qui a pour titre provisoire  La vertu du crime, un livre inspiré par l’histoire vraie d’une française qui, dans les années 20- s’est installée à New-York et est devenue, au même titre qu’Al Capone et Lucky Luciano « parrain » de la mafia. Une vie extraordinaire que celle-ci et qui, curieusement, à traverser l’Histoire sans être remarquée.

Où peut-on vous rencontrer ?

C’est très simple : dans les salons littéraires et surtout les salons consacrés au polar. Sinon, il suffit de prendre contact avec moi via Facebook

 

3 commentaires sur “Interview d’Eric Yung, enquêtes, recherches, et faits divers

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