Interview d’une conteuse: Krystin Vesterälen

Vous aimez les contes ? Ou peut-être pensez-vous qu’ils sont réservés aux enfants ?Demandons l’avis d’une conteuse professionnelle à ce sujet…

Lorsque j’ai chroniqué son recueil de contes d’Islande, Krystin Vesterälen m’a parlé de son projet ambitieux de récolter des contes du monde entier, et cela m’a donné très envie d’en savoir plus. Elle a accepté de répondre à mes questions. Préparez-vous à plonger dans le monde merveilleux et très riche des contes et de leurs messages.

Quel est ton parcours en tant que conteuse ?

Etre conteur est avant tout un chemin de vie basé sur la réflexion de notre environnement, de notre histoire humaine, sociale, familiale,… de nos valeurs humaines du temps passé et présent, de nos us et coutumes, de faits réels ou non.

Bien sur qu’il y a aussi la transmission dans l’oralité et dans l’écrit de ses valeurs, de cette imaginaire procurant plein d’enseignements.

Quel conseil donnerais-tu aux auteurs qui veulent aborder le monde du conte ? 

N’ayez jamais peur des mots, des images, des sensations et de votre imaginaire. Laissez-vous aller. C’est bien la réalité et le terre à terre… mais une bulle d’imaginaire, de rêve traditionnel est nécessaire.


Peux-tu nous expliquer ton projet de recueils de contes du monde ? 

Le conte, comme tout art de la tradition orale, fait partie du patrimoine immatériel de l’humanité. L’Unesco, depuis 2003, le sauvegarde.

Là où il y a un humain, il y a l’imaginaire, les symboles, son histoire, ses réflexions.

Dans un conte il n’y a jamais une seule vérité. Toutes les vérités s’y côtoient.

Avec les éditions Langlois Cécile, la collection de recueils de conte a été imaginée pour permettre aux personnes quel que soit leur âge ou leur culture… de rêver à l’humain, d’aller à la rencontre d’autres cultures, d’autres histoires, d’autres pays, d’autres peuples. Et en même temps de pouvoir se dire « je fais partie de la gente humaine » car dans les contes, quel que soit le pays, l’humain est similaire à un autre (par ses émotions, ses archétypes…


Ce projet s’étend sur combien d’années ?

Le nombre d’années?… le plus possible.

Initialement : 7 séries de 2 parties – chaque partie contenant 7 recueils de 7 contes.

Si mes calculs sont bons : 98 recueils. Ce qui correspond à 98 pays ou régions du monde.

Mais allons déjà le plus loin que nous pouvons aller. Comme je l’ai dit « L’art du conte est un chemin de vie »…

Comment trouves-tu les contes pour tes recueils ?

Plusieurs sources de recherche : les livres spécifiques et les conteurs sont les sources principales. Ensuite les textes, récits de la littérature écrite qui peuvent dans la bouche des conteurs devenir des contes

Comment les sélectionnes-tu ? Dois-tu aussi effectuer un travail de rédaction ?

La sélection se fait par choix car des contes, il y en a des milliers et des milliers, choix personnels par rapport à la transmission des valeurs, de la beauté de l’histoire, de la culture à découvrir…

Après avoir trouvé le conte qui sera mis dans le recueil, je vais faire mon travail de conteuse (la transmission orale) et seulement ensuite je l’écrirai. J’essaye de garder la forme orale de l’histoire. Le vocabulaire de mon oralité est gardé. Seule la conjugaison sera travaillée pour le recueil de même que la signalétique expliquant le silence dans la voix ou les rythmes vocaux..

Ce projet t’a-t-il permis de faire de belles rencontres ? 

Les belles rencontres se font quand le lecteur, l’auteur comprennent que la littérature orale existait bien avant l’écriture, que toute la littérature n’existerait pas s’il n’y avait pas eu l’oralité avant.

Car très souvent les contes traditionnels sont considérés comme « enfantins » par des auteurs, éditeurs. Certains même considèrent que ce genre littéraire est à proscrire est à proscrire, à éradiquer.

Alors quand une maison d’édition se lance dans un tel projet, en plus avec un conteur traditionnel, je lui tire mon chapeau car il faut être courageux, à l’heure actuelle, de publier une collection de recueils de conte.

Tu penses donc que les contes sont pour tous les âges ?

Le conte est un lien social, familial, intergénérationnel unique et merveilleux.

A tout âge nous pouvons entendre et comprendre un conte.

Le plus jeune verra une histoire qui va lui faire découvrir un monde merveilleux. Au plus on avance dans l’âge au plus on y verra la psychologie, les enseignements, la sagesse.

Le plus jeune aura la facilité d’entrer dans le conte. L’adulte se retiendra car il a peur de se dire « j’ai rêvé, j’ai vécu une aventure dans mon imaginaire… »

Dans notre pays, le conte est encore considéré enfantin, rien que pour les enfants. Pourquoi ? Parce que depuis des décennies, la société nous a fait croire qu’il fallait l’édulcorer, qu’il n’était pas adapté aux adolescents, aux adultes, idiot, pas assez intellectuel… Bref une liberté donnée aux adultes qui fait peur.

Il suffit d’entendre des parents parler de Barbe-Bleue « C’est pas pour les enfants. Il va pas dormir… » Et pourtant la peur fait partie de l’humain. Et le conte permet cette connaissance.

Dans notre société où tout est mâché, digéré par d’autres, l’écoute, le rêve, le film que l’on se fait en écoutant est intolérable car le conte autorise la culture, l’ouverture d’esprit, la tolérance, la liberté d’écoute et de compréhension…

 

Un commentaire sur “Interview d’une conteuse: Krystin Vesterälen

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :