A la croisée des cultures, interview de Briac Barthes

En 2014, Briac décide de profiter d’une pause entre ses études pour partir en voyage humanitaire. Après quelques recherches, il se décide pour la Tanzanie. Dans A la croisée des cultures Il raconte cette aventure, son expérience de la réalité du terrain, entre la vie dans un orphelinat et ses rencontres avec les enfants des rues et de la découverte de la culture africaine et Masai, le tout loin des clichés. J’ai beaucoup aimé ce livre très vivant, on a vraiment l’impression de plonger avec l’auteur dans ses aventures, et de rencontrer les personnes qui croisent son chemin. Ceci dit, comme je connais Briac depuis qu’il est tout petit, je n’étais pas sûre d’être très objective pour écrire une chronique, aussi j’ai préféré l’interviewer, d’autant que j’étais sûre que ses réponses seraient très intéressantes. Parce qu’en revanche je suis très bien placée pour savoir à quel point ses récits sont authentiques.
  • 1. Peux-tu nous raconter brièvement ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Pendant mes études d’ingénieur, j’ai eu six mois de libres pendant lesquelles j’ai décidé de partir en humanitaire. Je me suis retrouvé sans vraiment savoir pourquoi en Tanzanie à chercher comment être le plus utile, et c’est là que j’ai décidé de travailler dans l’entreprenariat social.
Je suis ensuite rentré en Suisse terminer mes études avec quelques pauses voyages/projets humanitaires, puis j’ai commencé à me forger un réseau dans l’entreprenariat social suisse grâce au Good Festival
Mais la vie en Europe me semblait trop facile, et je suis alors retourné en Tanzanie faire des études de marché pour déterminer les besoins locaux et réfléchir à comment créer une entreprise avec ça. Une idée germait, mais en attendant qu’elle grandisse j’ai été lancer une usine de séchage de tomates au Kenya, dans un petit village de fermiers sans électricité ni eau courante.
Cette expérience m’a permis de mieux comprendre ce qu’est le travail en Afrique, de côtoyer l’administration locale, la différence de culture et de formation….et une fois que l’usine a été certifiée pour vendre à l’international je suis rentré en Suisse pour cette fois créer ma propre entreprise. Je suis donc maintenant à 100% sur Hylite un projet qui vise à apporter de l’électricité propre, abordable et à la demande, pour les gens vivant dans le zones rurales d’Afrique.
Note d’Isandre: Pour en savoir plus, vous pouvez aussi regarder la vidéo de présentation du projet Hylite
  • 2. Pourquoi as-tu eu envie d’écrire ce livre ?
Je suis d’une nature très aventurière, et j’ai toujours plein d’anecdotes à raconter sur ma vie. Depuis que j’ai commencé à voyager, beaucoup d’amis m’ont conseillé d’écrire un livre pour raconter mes aventures, mais cela me paraissait un travail énorme. Je m’étais donc fixé que si un jour je suis blessé et dois rester au lit plus de 10 jours à l’hôpital, alors je commencerais à écrire. Cela ne m’est pas arrivé, mais quand je travaillais au Kenya j’habitais dans la petite ville voisine pour avoir de l’électricité, et j’étais le seul de mes connaissances à habiter là. Tous les soirs, à l’heure du coucher du soleil, je me retrouvais donc seul dans ma chambre. Je me suis dit que c’était presque pareil que si j’étais seul dans un hôpital, et donc j’ai commencé à écrire le soir sur mon premier voyage en Afrique, la première raison pour laquelle je me retrouvais dans cette chambre au Kenya.
Je pense que raconter mes aventures n’est pas seulement un moyen pour les autres de voyager avec moi, ce que je veux vraiment partager dans ce livre c’est à quel point on peut changer les choses quand on se lance dans l’aventure et qu’on sait ce que l’on veut. Et l’objectif est vraiment que mes lecteurs osent ensuite se donner à fond pour ce qui leur tient à coeur.
  • 3. A qui le destines-tu ?
Le but de ce livre est de donner un exemple de tout ce qu’on peut vivre en donnant toute son énergie dans un projet. Le but est que tous les jeunes qui ont des rêves lisent ce livre et se lancent ensuite dans leur réalisation de ces rêves. On peut tous changer le monde à notre échelle, il suffit d’essayer!
  • 4. Pourquoi avoir fait le choix de l’auto-édition ? 
Les maisons d’éditions demandent beaucoup de temps, souvent il faut leur imprimer le manuscrit, et surtout ils répondent très peu aux demandes. En tant que jeune et que non professionnel (je n’ai pas étudié de littérature depuis mon Bac de français), je me suis dit que ce serait difficile de me vendre et que donc l’autoédition était un bon moyen de permettre quand même une lecture du livre.
  • 5. Est-ce qu’il a permis à ton entourage de mieux comprendre ton expérience en Afrique ?
Même si en général mon entourage avait déjà entendu la majorité de ce que je raconte dans le livre, je crois que ça leur a permis de mieux saisir ce que je vivais vraiment. Quand je le racontais à l’oral c’était une histoire lointaine, alors que dans le livre ils ont l’impression de le vivre avec moi, de ressentir ce que je ressentais et cela a touché plusieurs personnes qui ont eu l’impression de redécouvrir mon expérience.
  • 6.As-tu gardé des contacts avec les personnes que tu as rencontrées en Tanzanie et dont tu parles dans le livre ?
J’ai pu facilement garder contact avec les nounous de Neema House, et je les retrouve régulièrement quand je passe en Tanzanie. Les enfants de l’orphelinat ont aussi bien grandi et je vais saluer ceux qui y sont toujours, mais à chaque voyage il y en a quelques un en moins et beaucoup plus de bébés (ce qui est bon signe, ça veut dire qu’ils ont trouvé des familles pour les accueillir).
J’ai retrouvé par hasard Innocent, le jeune de la rue en qui j’avais le plus confiance. Grâce à ce pactole de départ, il a réussi à économiser petit à petit jusqu’à s’acheter une moto et il est maintenant taxi moto, sorti de la rue. Parmi ceux qui vivent dans la rue, il s’appelle maintenant Maximo et tout le monde l’écoute. Il s’occupe beaucoup des nouveaux arrivants et leur montre où ils peuvent prendre une douche, qui va les aider, il les aide à trouver du travail et leur donne à manger les jours où il a beaucoup…
Abdul, un autre de ceux à qui j’avais prêté, avait commencé à bien gagner sa vie, puis il a rencontré un autre blanc qui a voulu lui offrir des études. Malheureusement, il a vite arrêté d’aller en cours et a commencé à fumer beaucoup de cannabis, et c’est maintenant un voleur de touristes chevronné. Il n’est pas violent mais pas honnête non plus.
  • 7. Si tu devais repartir aujourd’hui, que ferais-tu autrement ?
Je pense que je n’aurais jamais pu prévoir tout ce qui m’est arrivé, et jamais je ne serais parti autant dans l’inconnu…..alors que c’est cet inconnu qui m’a permis d’aller partout et de vivre autant d’aventures!
Je pense que le point principal sur lequel j’insisterais plus avant de partir c’est de vraiment voir que fait l’association  qui m’emploie, et si elle aide vraiment les gens sur place. Il y a beaucoup trop de volontouristes  qui aident des ONG qui n’aident pas à rendre indépendants les locaux, et c’est exactement là-dedans que je suis tombé en arrivant.
  • 8. Quels sont tes prochains projets (et quelle place à ce livre dans tes projets ?). 
Maintenant je suis en pleine création de mon entreprise, et mon but est de pouvoir très vite vendre des batteries en Tanzanie. Cela me permettra à la fois d’embaucher des travailleurs locaux et de permettre à tous d’avoir la lumière. Dans la continuité de mon livre où le but est que les gens se bougent pour changer les choses, je me bouge aussi pour apporter ce que je peux!
  • 9. As- tu prévu de lui écrire une suite ?
Je n’ai pas prévu encore, mais juste après avoir fini d’écrire je me suis retrouvé en prison au Kenya pour des histoires de corruption…..alors j’ai écrit un chapitre là-dessus à inclure dans le prochain! Ma vie entière est pleine d’aventures et maintenant que je travaille avec l’Afrique en permanence j’ai d’autant plus de choses à raconter. Il ne me reste donc plus qu’à me blesser pendant au moins 10 jours de suite et je réécrirai!
  • 10. As-tu envie d’ajouter quelque chose ? 
Dans notre monde on parle beaucoup trop de sécurité aussi bien en termes de finances, de santé, de relations, de confort de vie… Je suis persuadé que la sécurité ne permet pas le bonheur parce qu’elle nous empêche de nous donner au maximum. Pour moi c’est vraiment en risquant de tout perdre qu’on peut tout gagner, et j’aimerais vraiment que tout le monde ose se lancer dans ce qui le fait rêver. Qu’on arrête de parler de tout ce qu’il y a à faire pour un monde meilleur mais qu’on essaie, même si on n’arrive pas à atteindre notre objectif, on en sera forcément plus proche que si on n’a rien fait.
Note d’Isandre: je souhaite tout de même à tous les lecteurs du blog qui écrivent de réussir à le faire sans se blesser !
(lien affilié)
Crédit photo image à la une: la Plume d’Isandre

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